La Chronologie du Jazz

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

La Chronologie du Jazz

Message  Gromit le Sam 6 Nov 2010 - 21:02



Voilà un petit texte bien passionnant.

Paru en 2007, dans une revue dédiée aux recherches en mathématiques et sciences sociales et dont l'auteur, Yvan Brissaud, est directeur de recherches au CNRS.

De quoi s'agit il ?

Une modélisation des sauts évolutifs concernant l'histoire du Jazz, depuis son apparition jusqu'à nos jours et pour cela application d'un code lecture faisant appel à une structure fractale.

Pas de panique, ce système souvent utilisé pour faire émerger une logique temporelle cachée dans un chaos apparent, a déjà particulièrement bien fonctionné sur des sujets comme l'histoire des dinosaures où celle des crises économiques.

Le texte n'est pas très long et vous pouvez sauter la partie formule mathématique et arriver directement aux commentaires et à l'arbre des styles de cette musique.

L'auteur précise bien que ces styles et les dates proposées de leurs apparitions ont été étayées par des études existantes sur ce sujet et par la validation d'historiens ou experts du Jazz.

Une des évidences mise en exergue par cette application, est l'accélération des apparitions de nouveau style jusqu'au années cinquante (" fin de la capacité évolutive" avec les ingrédients de base) pour ensuite, avec une ouverture extérieure, s'échapper de la saturation ressentie.

Accélération jusqu'au années cinquante, puis décélération jusqu'à nos jours. Le nombre des années, entre chaque style, passe de 31 à 6, pour repartir de 6 à 15 (en 1995).

Bref, une approche innovante et éclairante de l'évolution constatée de notre musique favorite.

Bonne lecture.

http://www.ehess.fr/revue-msh/pdf/N178R1282.pdf




Gromit
Modérateur
Modérateur

Nombre de messages : 1949
Age : 70
Localisation : Banlieue Sud
Date d'inscription : 05/01/2006

Voir le profil de l'utilisateur http://www.flickr.com/photos/gromit2011/

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Chronologie du Jazz

Message  gaston le Dim 7 Nov 2010 - 12:24

j'ai pas lu le papier ( pas sur que ça me passionne ) mais la comparaison avec l'histoire des dinosaures n'est quand même pas rassurante...

gaston
Contaminé
Contaminé

Nombre de messages : 498
Age : 70
Localisation : tours
Date d'inscription : 05/04/2007

Voir le profil de l'utilisateur http://gaspacho-in-the-night.blogspot.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Chronologie du Jazz

Message  Patlotch le Sam 8 Juin 2013 - 17:20

Avec mon esprit de contradiction, je voudrais émettre quelques réserves par rapport à cette "thèse". Je ne remets pas en question le modèle mathématique, ni sa pertinence sur les objets à partir desquels elle a été construite, mais son application aux périodes du jazz.

Il est affirmé qu'il existe "un accord parfait" quant à cette périodisation, et de fait, elle semble faire l'unanimité des "historiens" du jazz, et faire autorité quand il s'agit d'en brosser rapidement l'histoire, l'évolution par bonds successifs de style en style, chronologiquement.

C'est d'autant plus pertinent quand ces styles correspondent effectivement à des caractéristiques musicales précises qui en constituent la définition. Mais il faut considérer que ces définitions, ces appellations le plus souvent inventées par des critiques, commentateurs ou circuits commerciaux, sont venues après coup, avec une tendance à enfermer chaque période dans une définition restrictive, et par là même à marginaliser certains musiciens originaux qui n'entraient pas dans ces normes (cf le petit livre d'Alain Gerber sur les "incompris"). Comme l'appellation "jazz", nombre de musiciens, et parmi les meilleurs, parfois à l'origine d'évolutions majeures, ont rejeté cette mise en cases de leur musique. J'ai consacré un chapitre de mes citations de jazzmen à cette question.

Pour m'en tenir aux premières périodes citées comme référentes, la succession chronologique classique [i]New Orléans, Jazz Hot, Swing, Bop, Cool, Hard Bop, Free Jazz [/i]a certes le mérite d'être simple et claire, elle n'en évacue pas moins et des musiciens et des courants qui les ont chevauchées (Hawkins pour un des plus connus). Chacun connaît par exemple la filiation des Chicagoans (musiciens blancs essentiellement), et notamment de Trumbauer, avec l'approche de Lester Young et son prolongement dans le so called[i] Cool, le West Coast... [/i]

Les années cinquante sont un laboratoire, ou des laboratoires, dans lesquels tout se brasse, que ce soit les musiciens ou les styles. Certains traversent allègrement [i]et[/i] les écoles estampillées, [i]et[/i] les groupes supposés les représenter. Les prémisses du free (et même de la Bossa Nova) existent depuis la fin des années quarante et le début des cinquante (avec Tristano, Konitz, Marsh par ex), et une filiation avec le free saute à pieds joints sur le "hard bop", tout en frayant avec le "Troisième courant" (mélange de jazz et de classique pour aller vite, John Lewis en fut un des animateurs, avec les morceaux néo-baroques du MJQ, certaines pièces orchestrales).

Mingus, comme son maître Ellington, pioche partout, [i]et[/i] historiquement (James P. Johnson) [i]et[/i] à son époque (de Parker à Norvo qui ne fait ni du bop ni du cool...). Où placer Monk, Steve Lacy, Joe Henderson... ? Quid de la modalité (jazz modal), à partir de Miles et Bill Evans, qui modifie l'approche du jazz dans son ensemble, et trouve aussi bien des adeptes attachés aux instruments acoustiques que d'autres à la "fusion" ? Or cette rupture (du jazz dit [i]modal[/i] par rapport au jazz [i]tonal[/i]) dans la continuité n'est-elle pas aussi importante que l'avènement du be-bop ?

Si l'on se penche sur l'histoire de chaque instrument, dans le jazz, on a autant d'histoires qui ne recoupent que peu celles des grands courants officiels, au point qu'on pourrait écrire [i]des[/i] histoires du jazz par celles des instruments, ce qui est patent avec le piano, la guitare, le saxophone, la batterie (même si celle-ci semble structurer l'histoire des courants officiels). Il y aurait donc pas [i]une[/i], mais [i]des[/i] chronologies du jazz.

C'est ainsi qu'il y a des maîtres hors normes qui traversent les "courants", sans jamais en être des représentants exemplaires mais qui peuvent avoir joué un rôle important par la descendance qu'ils ont, en vrac : Bechet, Earl Hines, Coltrane, Tal Farlow*, Dolphy... Certains ont une dimension hors normes mais deviennent quasi normatifs, en faisant des clones pour chacune de leurs propres périodes (Armstrong, Bud Powell, Miles, Coltrane, Steve Coleman...). * [i]Son influence, vingt ans plus tard, sur McLaughlin, Lenny Breau...[/i]

Bon, je n'insiste ni sur les quasi-guerres qu'ont déclenchées les différences entre courants, auxquels de grands musiciens restaient indifférents, ni sur la nécessité, pour la critique, de mettre des [i]étiquettes[/i], sans parler de celles des bacs de disquaires, tant et si bien que certains musiciens sont introuvables, justement parce qu'ils sont inclassables.

Bref, quelque chose tourne en boucle dans la démonstration de cette thèse, avec laquelle on retrouve un peu en conclusion ce qu'on a posé au départ... CQFD ? Pas besoin de sortir de l'EHESS pour voir que le problème est dans la question.

PS : ça me rappelle une certaine façon d'écrire l'histoire de la peinture occidentale...

Patlotch
Jazzitude for ever !!!
Jazzitude for ever !!!

Nombre de messages : 1225
Age : 65
Localisation : Fontenay sous Bois
Date d'inscription : 07/06/2013

Voir le profil de l'utilisateur http://www.patlotch.esy.es/text/index.html

Revenir en haut Aller en bas

Re: La Chronologie du Jazz

Message  Contenu sponsorisé Aujourd'hui à 9:38


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum