Écouter le jazz "pour les nuls"

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Écouter le jazz "pour les nuls"

Message  Patlotch le Mer 9 Oct 2013 - 10:19

Dans ce topic, je vais essayer de donner quelques pistes pour l'écoute du jazz. Cela ne s'adresse pas aux musiciens confirmés (encore que...) et peut dépasser mes propres capacités...

En amateur pendant une dizaine d'années avant d'apprendre le jazz, la guitare, je pouvais écouter des blues de toutes sortes sans savoir et sans me préoccuper de cette [i]grille[/i] d'accords particulière sur douze mesures. J'étais vaguement conscient d'un standard de structure AABA tournant sur 4 fois 8 mesures avec un [i]pont[/i] (B, Bridge, Middle Part...), et je m'émerveillais que les musiciens, tout en 'improvisant' se retrouvent ensemble, s'arrêtent ensemble ici ou là. Au début je n'avais pas compris qu'ils faisaient tourner la grille (AABA AABA etc.), les solos étant distribuées sur une [i]grille[/i] (succession d'accords constituant la trame harmonique du morceau) entière ou, dans le jazz classique vu la durée limitée des disques 78T à 3-4 mn, chacun 8 mesures où le musicien devait donner le meilleur de lui-même (parfois des chefs-d'œuvre autant que des chorus de plusieurs minutes dans le jazz moderne, grâce au LP 33T, qui changera la musique elle-même, cf Miles, Coltrane...).

Je commence par reproduire ici le post [b]JazzDrummersResource 52 Licks[/b]

> http://www.youtube.com/results?search_query=JazzDrummersResource&oq=JazzDrummersResource&gs_l=youtube.3...10515.10515.0.10911.1.1.0.0.0.0.52.52.1.1.0...0.0...1ac.1.11.youtube.-frqJQlWc_0

Max Roach, Elvin Jones, Jimmy Cobb, Ben Riley, Lewis Nash, Tony Williams, Joe Morello, Art Blakey, Roy Haynes, Bill Stewart, Steve Gadd, Greg Huitchinson, Danny Richmond, Tain Watts...

Le batteur qui explique ces "plans" les choisit dans le contexte précis d'un morceau et d'un disque de chaque batteur.

Ce n'est pas [i]ma[/i] pratique instrumentale ni mon instrument, et les batteurs connaissent généralement ces vidéos...
Je trouve très intéressant, musicien ou non, de les regarder (comme pour d'autres instruments), parce qu'au-delà de la technique proprement dite, cela forme l'oreille pour reconnaître les batteurs, écouter et apprécier les disques avec une autre écoute.

Pour les musiciens non batteurs, il y a toujours à apprendre des rythmiciens, en venant à la base de figures avec un nombre limité de sons, qu'on peut ensuite appliquer à des mélodies.

Voici une distribution particulière de la figure [i]paradiddle diddle[/i], empruntée à Joe Morello (la distribution, pas le "rudiment"*), le virtuose du Dave Brubeck Quartet. Une figure au départ plutôt simple, mais dont la distribution en différents sons fait tout l'intérêt.

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/baIsH8VddZM[/flash][/center]

* Pour les rudiments de batterie, voir sur mon site > http://patlotch.free.fr/text/1e9b5431-1334.html

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Temps forts, temps faibles... Harmonie vs Rythme

Message  Patlotch le Mer 9 Oct 2013 - 11:08

Un des premiers trucs indispensables pour écouter le jazz est d'intégrer [i]corporellement [/i]la notion de [b]temps faibles[/b] et [b]temps forts[/b]. généralement, dans une mesure à quatre temps (4/4) ils sont distribués comme suit :

- les temps 1 et 3 sont[i] forts harmoniquement = faibles rythmiquement[/i]
- les temps 2 et 4 sont [i]forts rythmiquement = faibles harmoniquement[/i]

Les instruments qui produisent l'harmonie (contrebasse, piano, guitare...) changent d'accord sur le premier temps (en fait ils suivent la grille, mais dans nombre de standards, le changement intervient sur le premier temps de chaque mesure, parfois deux fois par mesure, sur 1 et 3).

Les instruments rythmiques (batterie, contrebasse, guitare...) accentuent les temps forts rythmique 2 et 4. C'est la raison pour laquelle, quand on tape dans ses mains, il faut le faire sur ces temps-là, et non sur 1 et 3, comme on le reprochait aux publics français, qui tapaient (et parfois encore) dans les mains "à l'envers", sur 1 et 3.

Une bonne manière de sentir le rythme est de battre du pied sur 1 et 3, et des mains sur 2 et 4, voire seulement sur 2 (c'est valable aussi pour la bossa, le rock... dans une approche élémentaire). On se retrouve généralement en phase avec le jeu du batteur, ou du contrebassiste dans le walking, qui change d'harmonie sur 1 et 3 et joue plus fort des notes de passage sur 2 et 4. Quand le contrebassiste joue "à la blanche" (in two), la base de son jeu consiste à ne jouer que 2 notes par mesure à 4/4, sur 1 et 3.

Naturellement, cela évolue dans l'histoire du jazz. Au départ[i] l'afterbeat[/i] (contretemps 2 et 4) est très marqué, comme dans le [b]Hot Five de Louis Armstrong[/b]. Nombreux [i]stop chorus[/i] dans ce morceau, cad que le soliste joue pendant que l'orchestre s'arrête, ici chaque deux mesures... Pour le reste, le tuba joue [i]à la blanche[/i] autour de 1 et 3, le banjo accentue 2 et 4 (c'est aussi la base de [i]la pompe[/i], dans le style manouche, les premiers instruments de ce style étant non des guitares mais des banjos-guitares, à 6 cordes)

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/xO3k-S_pqK4[/flash][/center]

… ou l'orchestre de [b]Fletcher Henderson[/b]. Noter ici le chorus de [b]Coleman Hawkins[/b], encore très staccato (c'est 10 ans avant qu'il révolutionne le saxophone), les trios de clarinettes, la rythmique derrière le solo de trompette...

> http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=c7iz5_pHTzM

C'est encore le cas dans l'orchestre de [b]Jimmy Lunceford[/b], avec Hank Crawford à la batterie, le two beat étant la marque de fabrique de l'orchestre.

> http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=4GYqOzpnSXU

L'exercice du jour :bball: consiste à chercher le 1er temps de chaque mesure, à marquer les 2 et 4 en tapant des mains, puis à taper du pied sur 1 et 3, enfin le tout ensemble.

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Re: Écouter le jazz "pour les nuls"

Message  Patlotch le Mer 9 Oct 2013 - 12:33

Parfois les temps sont marqués de façon plus égales rythmiquement, l'accentuation plus légère mais l'harmonie est jouée[i] in two[/i]. Ici on perçoit le tuba sur 1 et 3. Pour moi, [b]Bubber Miley[/b] à la trompette Wha wha est le Jimmy Hendrix de son temps...

[b]Duke Ellington[/b], [i]Black and Tan Fantasy[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=GN3_c1OnA3s

Le principe reste valide pour des tempos plus enlevés. Ici [b]Sidney Bechet[/b], sur une rythmique qui passe, à la contrebasse,  du two beat au walking, et un fort contre-temps marqué à la caisse claire jouée (aux balais semble-t-il).

1932 [i]Shag[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=3--PWzbdBgE Bechet a une telle pêche qu'il semble (en)traîner la rythmique, ce qui sera bien pire avec certains de ses musiciens français... Mais c'est aussi le cas parfois de Lionel Hampton ou d'Armstrong, qui n'a pas toujours été accompagné par des musiciens à la hauteur...

Bechet, dès avant les années 20, est un des plus virtuoses à la clarinette et au saxophone soprano. Son influence est déterminante sur toute l'histoire du saxophone. [b]Coltrane[/b] s'en souviendra, avec son [i]Blues to Bechet[/i], au soprano > http://www.youtube.com/watch?v=LcvdeGHNnmI

[center][img(350px,350px)]http://lossless-galaxy.ru/uploads/posts/2010-10/1286467910_plays-the-blues.jpg[/img][/center]

Ici, en 1940, Bechet est accompagné d'une rythmique plus souple, avec [b]Big Sid Catlett[/b], dont les accents de caisse claire annoncent Kenny Clarke et la révolution rythmique du be-bop. Catlett accompagnera Parker à ses débuts.

1940 [i]Shake it and Break it[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=xU6nsoloidc

[center][img(600px,360px)]http://fanart.tv/fanart/music/bf1b23ea-9b76-42cf-a5f6-4a691e81af5e/artistbackground/sidney-bechet-4dedd7582db8f.jpg[/img][/center]

[b]Max Roach[/b] rend hommage à Sid Catlett, dans un solo de batterie de son album [i]Drums Unlimited[/i] en 1962. Comme souvent, ses solos sont d'une construction magistrale, commençant à la caisse claire, avec accents de grosse caisse, et charleston imperturbable, puis passage aux grandes cymbales, avant le retour au calme.

[center][img(350px,350px)]http://www.geocities.jp/beyondthebluebird/_gl_images_/Drums_unlimited.jpg[/img][/center]

[i]For Big Sid[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=QE8PaF064NM

Un autre exemple de cette construction dans son solo sur [i]Saint Thomas[/i], avec [b]Sonny Rollins[/b].
[i]Saint-Thomas[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=UA2XIWZxMKM On peut pratiquement chanter le thème durant tout le solo... Un grand solo de batterie devrait toujours se référer au thème, sans quoi on a l'impression d'entendre le même sur tous les morceaux.

En solo encore,[i] The Drums also waltz[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=STO7ughX0Uo Là, pas d'exercice particulier, trouver un(e) partenaire, ça se danse aussi bien que des valses de Strauss... Mais au fur et à mesure du solo, il ne faut pas se laisser emporter par les décalages et figures complexes. Excellent exercice pour comprendre l'articulation entre rythme de base, jeu de la section rythmique, et solistes.

Retour à Bechet, en France

[i]Buddy Bolden Story[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=1cgk-jI-NJo
[i]Blues in Paris[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=y3rVScAQsy0

Pour la petite histoire, Bechet était d'une famille créole descendant d'esclaves d'un maître d'origine française, du nom de Bechet, en provenance de Normandie, dont la signification est "petit bec", une prédestination...

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La rythmique de Count Basie, de Jo Jones... à Joey Baron

Message  Patlotch le Mer 9 Oct 2013 - 13:43

Si je ne partage pas toujours le point de vue d'Alexandre Pierrepont, dans[i] Le champ jazzistique [/i](http://multitudes.samizdat.net/Le-champ-jazzistique-selon), je soutiens certaines de ses positions, quand à "la multiplicité constitutive du jazz". J'ai insisté dans mes interventions sur les continuités qui sous-tendent les ruptures par lesquelles on définit les "périodes" (swing, be-bop, cool, hard-bop etc). Il existe des courants profonds qui structurent l'histoire du jazz en traversant les périodes décrites comme chronologiques et successives, et cela vaut pour l'approche rythmique autant qu'harmonique (notamment avec le blues), ou l'instrumentation, ce dont j'ai donné moult exemples.

La rythmique de j'orchestre de jazz est bouleversée par les premiers combos de[b] Count Basie[/b], à Kansas City. La modernité fait ses premiers pas en égalisant les quatre temps, grâce au trio guitare-contrebasse-batterie que constituent [b]Freddie Greene[/b], [b]Walter Page[/b] et [b]Jo Jones[/b]. Elle a souvent été décrite, mais il suffit de l'écouter pour entendre la différence avec les exemples précédents. Sa cohérence et son liant font qu'on la perçoit comme un seul instrument, Greene et Page jouant une sorte de [i]contrepoint[/i] à 3 ou quatre notes. Le guitariste faisait sonner seulement une part des cordes qu'il attaquait, si bien que le mariage se faisait aussi avec le jeu de Jo Jones, souvent aux balais.

La principale innovation de Jo Jones consistait à utiliser la pédale [i]charleston[/i] et la grande cymbale ([i]ride[/i]) plutôt que la grosse caisse pour marquer le tempo, ce qui allège considérablement sa perception. La grosse caisse se trouvait ainsi libérée pour des accentuations qu'apporteront Sid Catlett et surtout Kenny Clarke. La distribution des formules rythmiques et des sons sur les différentes parties de la batterie ne cesse plus de se complexier, comme on l'a vu dans l'exemple de Joe Morello, ce qu'amplifieront Max Roach, Art Blakey, Roy Haynes... Tony Williams... jusqu'aux polyrythmies de Dejohnette et des batteurs contemporains.

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/W3QFNNk3tgI[/flash][/center]

Dans ces solos de Roy Haynes en 1973 et de Tony Williams en 1989, l'influence de Jo Jones est tout à fait perceptible
[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/7kXWHd0K9OA[/flash][/center]
[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/QcKgpPvzi18[/flash][/center]

C'est aussi cette légèreté et la souplesse de cette rythmique qui permettent la libération des solistes tels que Billie Holiday (qui tourne un an avec l'orchestre, mais n'enregistre pas), Lester Young ou Charlie Christian.

1936 [i]Lady be Good[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=SeqwPX4T4E0
1938 [i]Allez Oop[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=oA6OxVCb2TQ Écouter la différence de découpage rythmique de Buck Clayton, à la trompette, et le survol des barres de mesure par Lester Young.

Les enregistrements au Minton's « [i]From swing to bop[/i] » portent bien leur nom, et sachant que la grève affectant les enregistrements en 1942-43 (vérifier) nous prive de traces, ils sont irremplaçables. Ici [b]Charlie Christian[/b] sur le drumming de [b]Kenny Clarke[/b]. Les bases étaient posées du drumming moderne autant que de la guitare électrique de jazz, et ça d'emblée à un niveau que transcenderont Kessell, Farlow, Raney, Wes, Benson... Grosso modo, on l'a souvent dit, cela permettait de mettre la guitare au niveau de volumes des sax et des cuivres, et d'en faire un instrument soliste, d'une autre manière que Django dans son quintette à cordes typiquement manouche.
> http://www.youtube.com/watch?v=Ce9Jtl9D6FQ

Pour revenir à Basie, j'ai plusieurs fois signalé un disque de 1962, qui permet d'entendre ce type de rythmique avec les avantages de la haute-fidélité
[i]Coun't Place[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=2SGEHon6_8k

C'est le type de rythmique que l'on retrouve dans le [i]Jazz West Coast[/i] du début des années 50, avec l'influence de Lester Young sur les saxophonistes. J'en ai parlé à propos de Jimmy Giuffre

[center][img(350px,350px)]http://www.jimflora.com/images/album-covers/vinyl/large/shorty-rogers.jpg[/img]
1954[/center]

Sample > http://www.allmusic.com/album/shorty-rogers-courts-the-count-mw0000321449
[i]It's Sand, Man[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=3CdibbsqkrE
[i]Jump for Me [/i]> http://www.youtube.com/watch?v=H62dumZOmik
Personnel: Shorty Rogers (trumpet, arrange, conduct), Pete Candoli, Harry Edison, Maynard Ferguson, Conrad Gozzo (trumpet), Bob Enevoldsen (velve trombone), Milt Bernhart, Harry Betts (trombone), John Graas (french horn), Paul Sarmento (tuba), Herb Geller, Bud Shank (alto sax), Bill Holman (tenor sax), Jimmy Giuffre (clarinet), Bob Gordon (baritone sax), Marty Paich (piano), Curtis Counce (bass), Shelly Manne (drums)

Plus près de nous, cette mémoire des anciens, cette clarté des timbres et leur distribution mélodique, sont perceptibles chez [b]Joey Baron[/b]

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/qOfZjnKfJVE[/flash][/center]

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De la contrebasse jusqu'à Jimmy Blanton

Message  Patlotch le Mer 9 Oct 2013 - 15:17

Les « courants » les plus naturels, pour se familiariser avec l'histoire du jazz, sont ceux de[b] l'histoire de chaque instrument et de l'évolution de ses techniques[/b]. J'en ai donné un aperçu dans http://jazzitude.forumactif.com/t4277-du-jazz-classique-aux-jazz-modernes, http://jazzitude.forumactif.com/t4267-la-guitare-jazz-comme-un-piano-histoire-et-techniques, http://jazzitude.forumactif.com/t4373-un-arrangement-avec-l-oubli-l-arrangement-dans-le-jazz...

Comme avec la batterie, c'est le cas de [b]la contrebasse[/b], les chemins de ces deux instruments étant inséparables, en même temps qu'évoluaient leurs techniques instrumentales avec celles de l'amplification et de l'enregistrement.

Concernant la contrebasse, il y a plusieurs moments importants :

1) [b]le passage du tuba à la contrebasse à cordes[/b], avec notamment [b]Pop Foster[/b], [b]John Kirby[/b], et le walking à la [b]Walter Page[/b], que nous avons rencontré avec Count Basie, car ce sont souvent les mêmes musiciens qui innovent avec plusieurs changements utilisés ensemble. C'est progressivement l'abandon du [i]slap[/i], qui consiste à faire frapper les cordes sur le manche, et que l'on retrouvera dans les années 70 à la basse électrique...

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/D0AF7S7g1YA[/flash][/center]

2) Le [i]walking bass [/i]ne consiste pas simplement à jouer quatre notes par temps, mais à placer les notes harmoniquement importantes sur les temps 1 et 3, et à les relier par des notes de passages sur 2 et 4, soit dans l'harmonie (la gamme ou le « mode » qui convient), soit par des chromatismes d'un demi-ton au dessus ou au dessous de la note suivante :  1 [i]vers[/i] 3 [i]vers[/i] 1 etc.

1929 [b]Walter Page[/b] au tuba > http://www.youtube.com/watch?v=K51s5KBDZ9Y
Avec Benny Moten précédent Count Basie à Kansas City [i]Rumba Negro[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=VLWL2EZaF98&list=PLE8194FD20437DBEE Noter la fluidité du tuba...
1937 avec Lester Young et Billie Holiday te ryhtmique Basie [i]I'm Just Foolin' Myself[/i]
> http://www.youtube.com/watch?v=ncVRMPU_y2M&list=PLE8194FD20437DBEE

[center][img(440px,330px)]http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/13/Billie_Holiday_5.jpg[/img][/center]

1933 [b]John Kirby[/b] chez Fletcher Henderson, Queer Notion > http://www.youtube.com/watch?v=qOEJOj5RLkg&list=PLDE563F731CF45F1F
1938 From A Flat To C > http://www.youtube.com/watch?v=j72EEbrh5Vc Noter l'aisance de la ligne de basse en liaison avec le jeu de batterie d'[b]O'Neil Spencer[/b], comme celle des solistes

3) les bassistes d'Ellington, qui les mettaient en avant (avec un micro), et l'arrivée dans son orchestre du virtuose [b]Jimmy Blanton[/b], qui pose toutes les bases que développeront les contrebassistes du be-bop jusqu'à l'arrivée de Scott La Faro, objets du post suivant.

1940 Avec l'orchestre, toujours ce respect d'Ellington pour mettre en valeur ses musiciens, ici le premier à le faire avec un contrebassiste, et lequel !
[i]Jack the Bear[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=awal53BFU5M
[i]In A Mellow Tone[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=zbH3_IpOqmU
1941 Rare Jimmy Blanton bass solo - [i]Sepia Panorama[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=8FN7m8iMBlQ

[center][img(350px,460px)]http://www.assocontinuum.com/partitions/Basse/galeries/03Jimmy_Blanton/body_and_soul_2.jpg[/img]
Transcription d'un solo de Blanton[/center]
En duo avec Ellington au piano
1940 [i]Pitter Panther Patter[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=8xJlV0Agi1w
[center][img(350px,500px)]http://www.allaboutjazz.com//media/large/3/5/1/56ec6ea19836e4a85f1bbfbd7d242.jpg[/img][/center]
[i]Sophisticated Lady[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=0-hFBaKXJG0 à l'archet
Incroyable comme ces duos annoncent vingt ans avant la rencontre [b]Mingus[/b]-Ellington Roach, ou l'archet de Paul Chambers, avec le son d'un génie, mort à 23 ans

[center][img(350px,350px)]http://www.heavenly-sweetness.com/wp-content/uploads/2012/02/Ellington_01.jpg[/img][/center]

[i]Rem Blues[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=hGb5gjlU3-0


Dernière édition par Patlotch le Mer 9 Oct 2013 - 15:32, édité 3 fois

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De l'écoute d'un instrument à l'écoute globale

Message  Patlotch le Mer 9 Oct 2013 - 15:28

Écouter tantôt l'ensemble, ou soit le soliste, soit tel instrument, permet d'acquérir une écoute à la fois diversifiée et approfondie d'un même morceau, d'un même disque. Cela ne vaut pas que pour les musiciens qui pratiquent tel instrument, et il n'est besoin d'aucune connaissance spécifiquement musicienne pour le faire.

La première écoute, la plus immédiate, est celle de [i]la mélodie[/i] qui ressort sur son accompagnement, qu'elle soit chantée ou jouée par un soliste. Cela porte à favoriser toujours les "grands" solistes mélodiques (sax, trompettes, guitares...), mais aussi à minimiser le contexte dans lequel ils peuvent épanouir leur talent, et la cohérence de leur jeu avec son environnement.

Avec le temps, l'habitude, l'expérience, on acquiert ainsi une oreille globale, comme les musiciens eux-mêmes, qui doivent percevoir le jeu des autres et dans le meilleur des cas inter-réagir (cf trio Jarrett...). On devient ainsi le chef d'orchestre de sa propre écoute :pace: 

On peut aussi s'amuser à diversifier ses écoutes pour un même disque, en suivant plutôt tel ou tel instrument, tels dialogues entre eux... et l'on démultiplie ses plaisirs pour le même prix.

Je reviendrai plus loin sur la contrebasse et les rythmiques be-bop et post be-bop. Auparavant, je vais m'intéresser à ce qu'on appelle "improvisation", pour suivre ce concept et son application à travers l'évolution du jazz.

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Du collectif à l'individuel, de la mélodie à l'harmonie

Message  Patlotch le Mer 9 Oct 2013 - 18:14

[b]L'improvisation musicale n'est pas née avec le jazz, et donc ne le définit pas[/b]. Elle existe tant dans  des musiques populaires de transmission orale que dans des musiques savantes écrites, précisément pour des passages où elle est supposée s'abstraire de la partition (en fait des cadences improvisées de « musique classique », sur le principe de la « variation » sur un thème, seront transcrites et jouées par des interprètes au même titre que la partition originale prévoyant ce moment improvisé).

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/gnKkN54jhKI[/flash][/center]

L'improvisation existe dans la musique occidentale, et d'autres. Il faut aussi distinguer « musique savante » de musique écrite », les deux n'étant pas toujours couplées. On peut improviser sur de l'écrit ou non. Si c'est le cas dans la « musique classique occidentale », ça ne l'est pas en Inde, et les deux possibilités se côtoient par exemple au Japon.

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/7qaN7sQfNDQ[/flash][/center]

Dans les ensembles de percussion africaine de l'Ouest, chaque tambour se voit attribuée une ligne dont il ne sort pas, et seul le maître (ex djembé) improvise des variations. Malheur à celui qui ose sortir de son rôle avant d'y être autorisé, ce qui demande parfois des années. L'improvisation de batterie n'est donc pas directement reliée à l'histoire des tambours africains, dont la fonction première est sociale et de communication. On n'improvise pas avec le morse...

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/Oty-IO-VNsI[/flash][/center]

Dans chaque style appartenant à telle culture, l'improvisation répond à des règles plus ou moins tacites qui définissent la place le rôle de chaque instrument dans le groupe. De cette façon, on ne sort pas de ce qui définit un style musical, qu'il soit populaire ou savant.

J'en reste là pour ces considérations générales pour me limiter au cas du jazz.

De la même manière qu'un auditeur non musicien découvrant le jazz (ou autres) s'attache d'abord à la mélodie (post précédent), [b]l'improvisation dans le jazz est, d'un point de vue historique chronologique, d'abord mélodique[/b]. C'est dire qu'il est plus facile, relativement, d'écouter du jazz New-Orleans que Charlie Parker, Bill Evans ou George Russell, sans parler de « jazz » à la teneur théorique très élevée mais un moindre souci d'être appréciables par tout mélomane curieux.

[b]Dans le jazz ancien, l'improvisation est mélodique [i]et[/i] collective[/b]. Ceux qui, « derrière » la voix principale (généralement le cornet ou la trompette) assurent les contrechants et broderies (ex clarinettes et trombone), le font de manière à respecter la marche harmonique du morceau, généralement assez simple à cette époque. Celui qui n'est pas encore à proprement parler un « soliste », mais qui assure l'exposé de la mélodie et la voix dominante (ne sait-ce qu'en décibels), brode son jeu autour de la mélodie. Disons que les plus portés à s'en échapper sont les pianistes, souvent les plus savants, venant du ragtime qui fut d'abord écrit, voire arrangé pour orchestre.

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/G4Ac8-cBg8Y[/flash][/center]

Les contrebassistes, à vent ou à cordes, improvisent aussi selon leurs capacités, de connaissances ou d'oreille harmonique/mélodique. Le principe d'une ligne de basse dans le jazz n'est pas grandement différent de la basse continue dans les musiques occidentales pré-classiques. Elles étaient chiffrées et pouvaient, avec des règles assez strictes, faire l'objet de variantes dans l'interprétation.

Cette improvisation collective cédera la place au [b]solo accompagné[/b], qu'inventent littéralement [b]King Oliver[/b] puis [b]Sidney Bechet[/b] et [b]Louis Armstrong[/b] (du moins à l'enregistrement).

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/W232OsTAMo8[/flash][/center]

Le solo improvisé ne cessera de prendre de l'importance pendant la période du « jazz classique », jusqu'à s'instituer comme un principe dans le be-bop, avec la succession des solistes à la trompette, au saxophone, au piano, à la basse et à la batterie, ou à leurs échanges dans les 4/4. Mais pour en venir là, elle a commencé par se complexifier, et par demander aux musiciens qui s'y prêtaient de plus en plus de connaissances [i]harmoniques[/i], notamment les [i]arpèges [/i]des accords et leurs développement au delà de la septième, les neuvième, onzième et treizième dans l'étagement des tierces de la gamme. Exemples : en majeur Fa la do mi sol si ré, en mineur Ré fa la do mi sol si en mineur). Je reviendrai sur le cas d'Armstrong. Un des plus avancés en la matière, hors les pianistes, est [b]Coleman Hawkins[/b], dont un solo mémorable est son [i]Body and Soul[/i] de 1939

1939 [i]Body and Soul[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=zUFg6HvljDE

Il existe donc, en permanence, dans le cadre de l'improvisation sur un standard ou un morceau comportant mélodie et grille d'accords, [b]une double possibilité d'improviser sur la mélodie et sur l'harmonie[/b], en proportions variables plus ou moins mélangées.

Sauf oreille particulièrement géniale (Django) ou longue expérience de la chose, on n'entend pas les accords sans les connaître. C'est pourquoi au fur et à mesure de « progrès » dans la captation d'avancées harmoniques, les moins « éduqués » ou favorisés » de la feuille décrocheront, et s'en tiendront au style dans lequel ils sont à l'aise. C'est aussi la raison pour laquelle les plus avancés n'hésiteront pas une seconde à soutenir les jeunes virtuoses inventant le be-bop : [b]Mary-Lou Williams[/b] qui prodigue ses conseils aux boppers, et jouera plus tard avec Cecil Taylor, comme Hawkins avec Monk ou Rollins, etc. Toute une génération passe sans problème du swing au bop, dans la foulée de Lester Young (Don Byas...).

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/6lcJKmgIAHU[/flash][/center]

[center][img(350px,350px)]http://userserve-ak.last.fm/serve/_/246429/Sonny+Rollins++Coleman+Hawkins.jpg[/img]
1963[/center]

Sonny Rollins & Coleman Hawkins - [i]All The Things You Are[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=0mjpIXnaqRw

Il existe des tentatives de renouer avec l'improvisation collective, notamment par le contrepoint, tel que nous l'avons rencontré dans les trios de [b]Jimmy Giuffre[/b] au milieu des années 50 > http://jazzitude.forumactif.com/t4381-jimmy-giuffre-petit-grandes-oreilles

[b]Charles Mingus[/b] y a recours également

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/zOutRKnFDj8[/flash][/center]

Mais son retour revendiqué sera surtout le mérite des initiateurs du free-jazz, que ce soit [b]Ornette Coleman[/b] (avec [b]Don Cherry[/b]) ou plus tard [b]Albert Ayler[/b], quand il se réfère explicitement à l'esprit des fanfares de la Nouvelle-Orléans, ou encore l'Art Ensemble de Chicago, toutes voies qu'avaient (ré)ouvertes Charles Mingus en passeur dans l'histoire du jazz.

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/ScME4cv2qXI[/flash][/center]

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/inaJpgH11X4[/flash][/center]

1973 [b]The Art Ensemble Of Chicago[/b] -[i] Fanfare For Warriors[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=nWjp-eE1RY4

Quant à [b]Sun Ra[/b], c'est le plus grand compilateur des jazz devant le cosmos
1978 [i]Where Pathways Meet[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=FvpGAFGUHfQ

Si l'improvisation ne définit pas le jazz à elle-seule, il semble difficile d'en jouer sans elle. C'est si vrai que même le plus occidentaliste et savant des jazzmen, le français [b]André Hodeir[/b], qui veut tout maîtriser jusqu'à la liberté de ses musiciens, invente le concept et la pratique de « [i]l'improvisation simulée[/i] » > http://jazzitude.forumactif.com/t4380-andre-hodeir-probleme-du-jazz

Après ce large survol, je vais revenir sur quelques aspects de l'improvisation soliste, dans le jazz classique ou moderne (entre le be-bop et le free).

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L'impro mélodique et rythmique, le 'swing', la vocalisation

Message  Patlotch le Mer 9 Oct 2013 - 21:41

Nous avons vu deux dimensions de l'improvisation de jazz : [i]collective et/ou soliste[/i], [i]mélodique et/ou harmonique[/i]. Une troisième dimension est le [i]rythme[/i], et la manière dont il modifie la mélodie, particulièrement l'exposé des thèmes, la "chanson" quand elle existe, ce qui est majoritairement le cas dans le jazz classique.

Il s'agit d'[b]une manière spécifique au jazz d'exposer les mélodies[/b].

D'une part le rythme est "ternaire", ou mieux dit relève du [i]swing[/i] classique, qui ne se réduit pas à une division ternaire du temps, soit "2 croches + 1 croche en triolet = 1 temps", mais plutôt à une décomposition du temps entre une partie longue suivie d'une brève, en des proportions variables selon les orchestres, les musiciens, et les tempos (la vitesse). Deux parties qui entretiennent un rapport de tension propre à stimuler l'attente et sa résolution, un jeu de désir et distance proprement sensuel.
Cette qualité peut donc modifier l'aspect d'un standard tiré d'un thème de film, d'une comédie musicale etc. quand ceux-ci ne relèvent pas du jazz. Ces chansons sont en quelque sorte "jazzifiées". On dirait aujourd'hui qu'elles sont interprétées de façon "jazzy".

[i]Summertime[/i] by George Gershwin, version opéra > http://www.youtube.com/watch?v=8JpPkp1f0So
[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/u2bigf337aU[/flash][/center]

Il faut remarquer qu'Armstrong et Fitzgerald, sur une partition quasi-classique, n'en utilisent pas moins cette spécificité du jazz > http://www.youtube.com/watch?v=FXk2zvL6v8M

En plus de cette spécificité du « swing », chaque musicien peut d'autre part [i]déplacer[/i] les notes de la chanson écrite, dans le même temps qu'il peut d'emblée modifier cette mélodie. Cette modification, jusqu'au be-bop, n'est pas telle qu'on ne reconnaisse pas la chanson d'origine, pour autant que [i]les paroles[/i] ne soient pas aussi modifiées, [i]détournées[/i], ce qui est une permanence dans le traitement afro-américain de l'anglais. Il s'agit d'une sorte de swing à une échelle supérieure, plus large du concept (cette idée n'engage que moi).

[b]Billie Holliday[/b] – [i]Summertime[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=uYUqbnk7tCY

Parenthèse : ces éléments peuvent sembler étrangers à la musique instrumentale proprement dite. Lester Young affirmait pourtant qu'il improvisait toujours en ayant les paroles en tête, comme en réponse inversée au style de Billie Holiday, et Tal Farlow s'y disait très attaché...

Dans ce "travail", ce [i]détournement[/i] jazzistique de la mélodie, [b]Louis Armstrong[/b] s'est avéré le génie précurseur. C'est là ce qui fait son génie, et non la complexité harmonique de ses improvisations. Non qu'il soit dépourvu de sens harmonique, au contraire, car il sait, il sent quelles notes mettre en valeur, comment les placer, les faire durer... et il sait construire sur quelques principes simples ses solos, même s'il n'utilise que les premiers degrés des arpèges. Il le fait aussi bien à la trompette qu'au chant avec paroles ou en scat, ce rapport étant souvent étroit chez les musiciens-chanteurs (Fats Waller, Dizzy Gillespie, Chet Baker, Ray Charles, Nina Simone, Shirley Horn, Stevie Wonder, Bob Marley, Jimi Hendrix... Sting, Esperanza Spaulding...)

1927 Louis Armstrong Hot Seven > http://www.youtube.com/watch?v=xO3k-S_pqK4
1928 [i]Saint-James Infirmery[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=cMbRV5d7TeY
1931 [i]Stardust[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=WIE6U6Lrtrc
1932 [i]All of me[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=zBbAlLRCB_M

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/UZvqvNYJmC4[/flash][/center]

[b]Billie Holiday[/b], qui ne vient pas du blues (elle en chante fort peu), mais du chant catholique chez les sœurs où elle était en pension de redressement, tient beaucoup d'Armstrong pour sa faculté à décaler les notes avant ou après leur placement écrit, quitte en ce qui la concerne à modifier la mélodie (sa tessiture était limitée), et parfois les paroles (sa vie et son imagination étaient sans bornes).
1941 [i]All of me[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=4P0hG3sD0-E

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/CJb5mxuZ-9g[/flash][/center]

Billie est, de toutes les chanteuses « classiques », la plus « intrumentiste » dans son chant-même, ce que lui reconnaissaient tous les musiciens, Lester au premier rang, plus tard Miles... Dans le jazz moderne, on trouve cette manière chez nombre de chanteuses, mais les plus musiciennes sont pour moi Sarah Vaughan, (encore en accord avec Miles) Shirley Horn, et Betty Carter.

1954 [b]Sarah Vaughan[/b] et [b]Roy Haynes[/b]- [i]Shulie-A-Bop[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=8BK4nC5zfy4
Contrairement à ce qu'indique ici Youtube, elle est en quartet, et Clifford Brown n'en est pas...

1956 [b]Betty Carter[/b] & Ray Bryant - [i]Moonlight In Vermont[/i]  > http://www.youtube.com/watch?v=MaKrUf_eHPM
[i]Frenesi [/i]> http://www.youtube.com/watch?v=oSyyDMbVIcg
http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=U5w48Ou0-so

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/i7B7mL6pv5o[/flash][/center]

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/U5w48Ou0-so[/flash][/center]

Cette spécifité de Louis Armstrong est soulignée dans des pièces d'avant-garde (on est en 1928), des duos avec le pianiste [b]Earl Hines[/b], dont on dit qu'il a adapté au piano le style d'Armstrong (Trumpet style piano)
[i]Weather Bird[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=hyb_wr40pog Noter que le stride piano respecte temps forts et faibles tels qu'exposés plus haut, sans batterie ni contrebasse.

Mais c'est une spécificité qui devient une référence suprême, un modèle que copiera toute une génération de trompettistes, mais aussi de saxophonistes, et de pianistes qui, dans la foulée d'Earl Hines, inventeront les gimmicks qui depuis leurs trouvailles, font qu'un piano sonne jazz, un peu comme c'est encore aujourd'hui en copiant Django qu'on sonne « manouche ».

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/WFkXBvL9odI[/flash][/center]

D'autres prolongeront davantage le [i]travail du timbre[/i] qu'avait initié Bubber Miley dans le style "jungle" chez Duke Ellington.

[center][img(350px,350px)]http://images.quickblogcast.com/94060-86797/Cootie_Williams_55.jpg[/img][/center]

[b]Cootie Williams[/b] [i]Mobile Blues[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=kZYpLrYrYSE
On est ici au cœur d'un lien inhérent au jazz, produire un son instrumental avec les qualités de la voix humaine, la chose, comme on l'a vue, étant réversible.
Quant à ceux qui, dans le jeu (musical et scénique) et sous la virtuosité de Dizzy Gillespie, n'entendent ni ne voient pas l'influence d'Armstrong, on ne peut rien pour eux
1958 [b]Dizzy Gillespie[/b] (t),[b] Sonny Stitt[/b] (ts), [b]Lou Levy[/b] (p), [b]Ray Brown[/b] (b), [b]Gus Johnson[/b] (d)
[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/f3jPpYFc4Yo[/flash][/center]

Encore une occasion de vérifier que Sonny Stitt n'est pas qu'un bon élève de Parker. Noter ici, dans cette rythmique "moderne", le fort afterbeat tant à la batterie qu'à la contrebasse.

Pour retrouver un trompettiste ayant comme Armstrong un tel génie mélodique et rythmique, il faudra attendre - ce n'est qu'un avis personnel -, [b]Clifford Brown[/b], mais alors enrichi des apports techniques et harmoniques d'un Dizzy Gillespie.

Retrouvons donc [b]Sarah Vaughan[/b] avec Clifford Brown, cette fois pour de vrai.

[center][img]http://www.jazzwax.com/images/2008/06/24/withsara_3.jpg[/img][/center]

[i]September Song[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=nE0WDHha6-w
[i]Body and Soul[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=Tuo1aju4JnY
[i]Lullaby of Birdland[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=LsYhFFwyD00

J'ai limité les exemples volontairement, comme [i]repères[/i] relativement à l'improvisation reposant sur[b] la modification d'une mélodie par le swing, le (dé)placement rythmique, et le travail du timbre, sa vocalisation[/b], éléments qui pris ensemble constituent une spécificité du jazz, telle qu'il l'a inventée, et qu'elle sera transportée dans d'autres musiques, qu'elles soient populaires (le rock) ou savantes (la « musique contemporaine », « les musiques improvisées... »)

Je n'entre pas dans les détails de tous les autres procédés qui permettent d'improviser à partir d'une mélodie, avec des ornementations, appogiatures, répétitions, transpositions etc. Ils ne sont en fait pas propres au jazz, mais appartiennent au vocabulaire de tout compositeur modifiant un thème mélodique de départ. La seule différence est de le faire dans la phase d'écriture de ces variations infinies (le clavier bien tempéré de Bach) ou en improvisant en temps réel.

Incidemment j'aurais fait mentir quelqu'un qui, dans le fil sur les femmes comme instrumentistes dans le jazz, voulait me faire dire que je n'aimais pas les chanteuses. La voix est « le premier des instruments » beaucoup plus que la prostitution le « premier métier du monde ». La voix humaine, dans le jazz, s'exprime par les instruments, de même que les plus belles voix du jazz sont celles qui se font instrument, avec ou sans les mots.

Spécialement pour ceux qui ne l'aiment pas par Armstrong

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/EldV2pzerUM[/flash][/center]

Dans le prochain post, j'aborderai une question parfois jugée taboue, les manquements réels au principe de l'improvisation dans les solos, en concert ou au disque, même chez les plus « grands » improvisateurs.

Patlotch
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Jazz = des ratées dans l'improvisation ?

Message  Patlotch le Jeu 10 Oct 2013 - 0:43

Quand on improvise sur les mêmes thèmes, tous les soirs d'une tournée, et toutes les années d'une carrière de plusieurs décennies, est-ce qu'on improvise encore ? Est-ce qu'on peut le faire au sens propre du mot, d'inventer en temps réel une façon nouvelle de réaliser (résoudre) une variation sur un thème ?

La réponse est dans la question... et sans doute n'est-ce pas vraiment celle à poser, sauf si l'on s'inscrit dans la logique d'un Derek Bailey, pour qui l'improvisation, libre de toute référence écrite, s'entend au sens d'un imprévisible imprévu.
[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/2LgCqcmruGU[/flash][/center]

Un aspect de la question est que l'improvisateur, sur un schéma mélodique ou harmonique donné, cherche le meilleur qu'il peut en tirer. Quand il y parvient selon son exigence, pourquoi changer ?

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/93qw3_PpBjU[/flash]
1941[/center]
[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/5fJu-byjtRY[/flash]
1960[/center]

Le premier cas (de la répétition des concerts en tournée) est clair. Le cas des solistes d'Ellington est bien connu, tels que Johnny Hodges, Cootie Williams, Harry Carney... particulièrement dans les formes concertantes que le Duke écrivait pour eux, ou les moments de solo qui leur étaient réservés. Il est des situations exceptionnelles de forme, de public, ou de tous autres aspects de la vie de chacun, qui font surgir la merveille, un de ces quatre...

Les plus géniaux, tels Charlie Parker, Miles Davis ou Bill Evans, semblent disposer de ressources incroyables pour se renouveller. J'avoue ne jamais avoir été un passionné des [i]alternate takes[/i], intégrales systématiques et autres inédits qui modifient la perception de l'histoire [i]publique[/i] du jazz, telle que l'ont découverte au fil du temps amateurs pour l'apprécier et musiciens pour la continuer, au-delà d'une chronologie sûrement plus réelle, mais reconstruite après coup.

Pourtant force est de reconnaître que le cas de Parker est hors norme, et particulièrement impressionnant, et ceci dans une même séance d'enregistrement. Il s'agit de choisir ce qui restera gravé sur le disque, écouté des centaines de fois, ce qui n'est pas le cas a priori du concert, qui offre à la fois plus de liberté dans l'instant (moins de stress quant au résultat), la possibilité de prendre davantage de risques, et aussi le confort qu'un concert pas terrible mais sans conséquences que la frustration de fans venus voir leurs idoles. Entre la séance d'enregistrement en studio et le concert, le concert enregistré et destiné a priori à faire un disque...

[b]Charlie Parker[/b] - [b][i]Ornithology[/i][/b] (Take 2) > http://www.youtube.com/watch?v=-UetGsa38OA
Septet 1946 ~ [i]Ornithology (Take 3)[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=DEeISJ0wr48
Charlie Parker Reboppers 1945 ~ [b][i]Ko-Ko[/i][/b] (Take 1 False Start) w/ (MasterTake 2) > http://www.youtube.com/watch?v=xX_rXfEGdRE
Original Charlie Parker Quintet 1947 ~ [i]Another Hair-Do[/i] (Takes 1, 2, Full Take 3) > http://www.youtube.com/watch?v=0EOIg6wZ_JA

[center][img(350px,350px)]http://brewlitesjazztales.files.wordpress.com/2013/05/masseyhall_thequintet_1222_lp_cover.jpg?w=240&h=236[/img][/center]

Et que dire du terrifique [b]Charles Mingus[/b], qui a réenregistré la ligne de basse du [i]Concert à Massey Hall[/i] avec Parker, Dizzy, Bud Powell et Max Roach. Il en était aussi le producteur, sur sa marque Debut. Je ne sais plus s'il a fait parce qu'inaudible ou insatisfait de sa prestation, ou les deux... Toujours est-il que la ligne de basse est on ne peut plus claire, davantage que le piano de Bud Powell...

Massey Hall Toronto 1953: [i]Night in Tunisia[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=gIqygr9UVrc
[i]Salt Peanuts[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=P2WSAkn_Qdg&list=PL08E5E393F8161A9D
[i]All The Things You Are[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=r_vpkp7bSmQ&list=PL08E5E393F8161A9D
[i]Hot House[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=_3rZ5mpGqlc&list=PL08E5E393F8161A9D

En passant ça a quand même une autre gueule que pas mal de choses qui se feront quelques années plus tard sous l'étiquette hard-bop, sans parler de ce qui se joue aujourd'hui sous ce nom...

Un exemple connu, d'autant qu'épluché par [url=http://jazzitude.forumactif.com/t4290-georges-paczynski-trio-dvd-cd?highlight=Georges+Paczynski][u]George Paczynski[/u][/url] dans son livre sur la batterie (tome 2), est le trio de [b]Sonny Rollins au Village Vanguard[/b], avec [b]Wilbur Ware[/b] et[b] Elvin Jones[/b]. Un soir sur tel thème, ils prennent tant de risques rythmiques (Elvin ?) qu'ils finissent par s'y perdre, avant de se retrouver... mais la prise la meilleure est celle où ils se plantent.

[center][img(350px,350px)]http://userserve-ak.last.fm/serve/_/64995822/A+Night+At+The+Village+Vanguard.jpg [/img][/center]

Ce disque est très diffusé sur Youtube, mais je n'ai pas vu la mention de prises différentes > [url=http://www.youtube.com/results?search_query=Sonny+rollins+vanguad&oq=Sonny+rollins+vanguad&gs_l=youtube.3...896891.901753.0.902217.21.15.0.6.6.0.176.1168.13j2.15.0...0.0...1ac.1.11.youtube.6rcXqQ-Oo8I][u]ici[/u][/url]
[i]Softly, As in a Morning Sunrise[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=cBh-VKkW_mo Quand on sait la simplicité de cette grille d'accords, on doit reconnaître le génie capable de la transcender en pareil chef d'œuvre. Noter que la liberté d'improvisation tient également ici de l'absence de piano
[i]Sonnymoon for two[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=8eMl5v7qQ6E

[center][img]http://eil.com/images/main/Miles+Davis+-+The+Complete+Live+At+The+Plugged+Nickel+1965+-+BOX+SET-552876.jpg[/img][/center]

Ceux qui ont comparé les disques en studio du deuxième quintet de Miles durant cette période, et les live au Plugged Nickel n'en ont peut-être pas cru leurs oreilles (je n'ai que le CD [i]Highlights[/i]), car il s'agit bien de deux musiques différentes, révélation dévoilée (?) au grand public vingt ans après. Révélation de ce que signifie, [i]free[/i] étant concernant Miles un gros mot, improviser librement et dépasser ses propres limites, individuellement et collectivement. De même pour les derniers concerts live de Bill Evans, ou de Stan Getz.

(Kind of Blue 1958 ) [b]So What[/b] > http://www.youtube.com/watch?v=DEC8nqT6Rrk

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/diHFEapOr_E[/flash][/center]

2ème quintette (Shorter, Hancock, Carter, Williams)
[i]So What[/i] - Miles Davis Quintet 1963 Monterey Jazz Festival > http://www.youtube.com/watch?v=2Yp3WPBMTTE
Miles Plugged Nickel 1965 2ème quintette (Shorter, Willimas etc) [i]So What[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=GQmIJP-wyO0

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/x5arK5GWXG4[/flash][/center]

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/YBTCZy4Nzs4[/flash][/center]

Un cas singulier, il est abonné à la singularité, est celui de [b]Thelonious Monk[/b], dont les solos varient assez peu, du moins dans une période donnée. Sur certains thèmes il n'improvise plus du tout, parce qu'il a trouvé son idéal de « l'improvisation ». C'est le cas de [i]Crepuscule with Nellie[/i] (sa compagne), mais qu'en est-il du plus connu, [i]Blue Monk[/i] ?

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/FRUWtrgTpcs[/flash]
1958[/center]

à New-Port 1958 > http://www.youtube.com/watch?v=WmvoknRqrbc
1958 Blue Monk Alone in San Francisco > http://www.youtube.com/watch?v=D3B7X45lKwQ

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/f7bB74fCKVA[/flash]
Japon 1963[/center]

[b][i]Crepuscule with Nellie[/i][/b]
avec [b]Hawkins[/b] 1957 > http://www.youtube.com/watch?v=RFVTWEVhxY8
avec [b]Coltrane[/b] 1957 > http://www.youtube.com/watch?v=34Y6lZH6dyo
avec [b]Charlie Rouse[/b] (1962-64 ?) > http://www.youtube.com/watch?v=5c-EJCU9mFk

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/uZ0WslUsk1c[/flash][/center]

Dans les cas extrêmes où un musicien a trouvé ce qui lui paraît la forme aboutie d'un chorus, et n'en change plus, cela donne raison à André Hodeir d'avoir voulu « simuler l'improvisation », écrire dans le style de ses musiciens des chorus qu'il pensait sans doute perfectionner au-delà de leurs propres possibilités, mais sans doute pas de leurs propres répétitions. On n'est jamais mieux servi que par soi-même... Le résultat est impressionnant, et pour tout dire, sans le savoir, qui s'en douterait ? Il n'empêche que le concept d'improvisation, en tant que chose nouvelle inventée dans l'instant, en prend un coup.

Concernant cette problématique, se reporter à

Jazz; l’art et la liberté > http://patlotch.free.fr/text/1e9b5431-158.html
et
Break free > http://patlotch.free.fr/text/1e9b5431-9.html

Sans aller jusqu'à l'absolutisme de Derek Bailey et de certaines improvisations libres, sans canevas, ou autre que musical (un clown avec Steve Lacy, une pièce de théâtre, le récital de poésie, diverses performances plus ou moins préparées...), des solutions structurelles ont été apportées. Le jazz modal en fut une qui, s'échappant des enchaînements d'accords rapides du be-bop, donnait plus de liberté aux solistes, et c'est bien ce qui apparaît dès Kind of Blue. D'autres et diverses solutions ont été apportées dans la période du free-jazz, mais aucune ne consistait à ma connaissance à donner plus de place à l'écriture. On a vu les trios de Giuffre avec Paul Bley, et d'autres expériences dans le fil http://jazzitude.forumactif.com/t4370-la-beaute-du-jazz-libre-ou-le-dit-free-jazz

Liberté, quelles libertés ? Celles que se donnent les complices du trio [b]Keith Jarrett[/b] ([b]Gary Peacock[/b] et [b]Jack Dejohnette[/b]) s'accommodent parfaitement de la relecture des standards, avec une audace qui s'appuie sur de sérieux atouts : le formidable niveau de chacun, leur long parcours commun (40 ans ?), une écoute réciproque de chaque instant, un sens du temps qui leur épargne de le marquer comme une horloge, etc.

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/YZewG2DrNF0[/flash]][/center]

[i]I remember Clifford[/i] 1986 > http://v.youku.com/v_show/id_XMTAwOTk1NjI0.html

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/Ki7zLTmckng[/flash][/center]

[i]Billie's Bounce[/i] 1996 > http://www.dailymotion.com/video/xawttb_keith-jarrett-billie-s-bounce_music
[i]When I fall in love[/i] 2012 > http://www.youtube.com/watch?v=AKOqrvZV3JM

Et puisque j'ai commencé plus haut par le duo d'un trompettiste-chanteur (Armstrong) et d'un pianiste (Earl Hines), pourquoi ne pas laisser la question de l'improvisation en suspens, avec la rencontre presque 60 ans plus tard (1985), de [b]Chet Baker[/b] et [b]Paul Bley[/b]

[center][img(350px,350px)]http://p8.storage.canalblog.com/85/06/500408/44187613_m.jpg[/img][/center]

[i]You go to my head[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=U3hey0k3TKY
[i]Pent-up house[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=aXSmTMwR-zA
[i]Ev'ry Time We Say Goodbye[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=RwgQJxtiOwQ

Un autre aspect est, comme ces cadences improvisées retranscrites pour les interprètes "classiques" en manque d'inspiration, les emprunts que se font les jazzmen, qui vont de [i]la citation[/i] (j'y reviendrai) à l'hommage parfois si appuyé qu'il n'en craint pas de cheoir... cf http://jazzitude.forumactif.com/t4360-parker-s-mood-12-versions-et-si-affinites

[center]:puker: :pukel: [/center]

J'aborderai ultérieurement l'improvisation de la part des accompagnateurs, "derrière le soliste". Si le concept du solo accompagné laisse entendre que le soliste est le seul à improviser, en réalité, les échanges peuvent être plus ou moins importants, tant dans la réaction du soliste à "l'accompagnement", que l'inverse. On l'a entendu dans le trio Jarrett, et cela rejoint l'évolution du trio piano-basse-batterie avec [b]Ahmad Jamal[/b] et [b]Bill Evans[/b], la plus grande liberté que peuvent prendre bassiste et batteur, dont la fonction échappe progressivement au rôle de faire-valoir.

Mais auparavant, comme prévu, il me faut dire quelques mots de la section rythmique moderne, du be-bop à l'orée du free.

Patlotch
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Les conditions du jazz moderne

Message  Patlotch le Jeu 10 Oct 2013 - 17:36

Personne ne s'étonnera plus qu'ayant annoncé une chose, j'en fasse une autre, fidèle que je suis au principe jazzique de l'improvisation durable.

[i]Qu'est-ce qui est commun aux jazz classique et moderne * ? et quelles sont leurs différences ?[/i]

*[size=9]Par commodité je retiens « jazz classique » pour ce qui précède le be-bop, et « jazz moderne » pour ce qui va du be-bop à l'avant-free. Le jazz classique comporte donc, en termes de styles, New-Orleans, Chcago et Dixieland (considérés aussi comme pré-classiques); swing, ou middle jazz mainstream. Le jazz moderne dans cette acception se constitue du be-bop, du cool, du West-Coast, du Hard-Bop, du Third Stream, et globalement les styles ou figures apparus entre le milieu des années 40 et la fin des années 50.[/size]

Pour ce qui est commun, bien qu'en formes différentes, je retiendrais d'une façon générale en vrac :

- le principe de l'improvisation sur la base de mélodies portées par des accords, et donc de solos improvisés sur un accompagnement par une « section rythmique » ;
- le traitement rythmique évoqué concernant temps forts et faibles, rythmiquement vs harmoniquement ;
- le rapport individuel à l'instrument qui ne poursuit pas un idéal ??? mais une expression personnelle ;
- l'influence du blues ;
- la domination comme instruments solistes de la trompette, du saxophone, et du piano.

[center][img(500px,350px)]http://www.brotherswing.com/wp-content/uploads/2009/08/sb3.jpg[/img][/center]
[center][img(500px,350px)]http://www.blogut.ca/wp-content/uploads/2010/09/savoy-ballroom.jpg[/img][/center]

Pour ce qui est différent dans le jazz moderne relativement au jazz classique :

- une improvisation davantage fondée sur l'harmonie que sur la mélodie ; la complexité harmonique et mélodique, parfois rythmique.
[center][img(350px,450px)]http://www.saxuet.qc.ca/TheSaxyPage/Realbook%20C%5CDonna%20Lee.jpg[/img][/center]
- des connaissances théoriques et une technicité supérieure sur tous les instruments (hors quelques figures singulières comme Tatum, Django, George Van Eps, Coleman Hawkins...). Corollaire : la possibilité de tempos plus rapides ;
[center][img]http://userserve-ak.last.fm/serve/_/19111983/The+Quintet+++Massey+Hall.jpg[/img]
[size=9][url=http://en.wikipedia.org/wiki/Jazz_at_Massey_Hall][u]Massey Hall 1953 Bud Powell, Mingus, Maw Roach, Gillespie, Parker[/u][/url][/size][/center]
- une[i] section rythmique[/i] le plus souvent constituée du piano, de la contrebasse, et de la batterie, constituant par ailleurs le standard du [i]trio p-b-dms[/i] dont l'évolution reflète celle du jazz en général;
- la quasi disparition de la guitare comme soutien rythmique, et son accession au rang d'instrument soliste au même titre que saxophone et trompette ;
[center][img(350px,420px)]http://cache4.asset-cache.net/gc/158334245-jazz-guitarist-tal-farlow-poses-for-a-studio-gettyimages.jpg?v=1&c=IWSAsset&k=2&d=GkZZ8bf5zL1ZiijUmxa7QcySWRJraRUDnTWJw%2fyAKDxkIT5T%2fBUkWKq2F2z2ZuKX62CHWRRDW6xARhJTBAL9AA%3d%3d[/img]
Tal Farlow Photo de 1963 en fait[/center]
- les évolutions dans la lutherie instrumentale au sens large, et ceux des techniques d'amplification, d'enregistrement (studios) et de reproduction sur disque ou bande magnétique (industrie et commerce);
[center][img(350px,430px)]http://img.over-blog-kiwi.com/0/52/54/63/201303/1364550816.5878.jpeg[/img]
1940-45[/center]
[center][img]http://www.galerie-creation.com/practical-wireless-radios-listening-to-music-diy-hi-fi-magazine-uk-1950-n-4246405-0.jpg[/img][/center]
[center][img(500px,400px)]http://www.radios-tsf.fr/Teppaz%20Presence/Teppaz%20Presence.JPG[/img]
1955[/center]
[center][img]http://jazzbluesclub.com/uploads/posts/thumbs/1236324204_cover350.jpg[/img][/center]

- l'intérêt grandissant du business (le capitalisme) pour le succès du jazz et de ses environs, parallèlement au succès populaires du Rythm and Blues puis du Rock ;
- le rapport du jazz aux publics, et notamment l'effacement de sa fonction d'accompagnement pour la danse. D'une part le mouvement va du dancing au club, à la salle de concert et aux festivals...
[center][img(500px,400px)]http://www.sachadistel.com/IMG/jpg/CLUB-SAINT-GERMAIN-1955.jpg[/img]
[size=9]René Urtreger, Sacha Distel, Bobby Jaspar, Jean-Marie Ingrand, "Mac Kac" Reilles[/size] [/center]
[center][img]http://newportjazzfest.net/img/Archives/1954.jpg[/img][/center]
… d'autre part vers une augmentation d'abord aux USA et au Japon, puis en Europe, de foyers dotés de tourne-disques ou chaînes hi-fi, les émissions spécialisées et retransmissions à la radio et à la télévision. On peut y ajouter la plus grande présence du jazz au cinéma. La multiplication des [i]revues spécialisées[/i], et celle des futurs « experts » (Vaneigem/Debord) sous le nom de journalistes, critiques ou historiens.
[center][img(350px,450px)]http://memstory.memory-life.com/photos_even/19541201-JazzMagazine.jpg[/img][/center]

- le contexte social et particulièrement la situation aux USA de la population afro-américaine ;
[center][img(350px,450px)]http://2.bp.blogspot.com/-q9WP9jSni60/USwKk6TTdWI/AAAAAAAAANc/IDd28BiFhc4/s1600/Rosa+PArks.jpg[/img][/center]

- l'accélération de la mondialisation du jazz dans le processus capitaliste;

[center][img(600px,300px)]http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/53/Colonisation_en_1945.png[/img]
Carte du Monde présentant les possessions coloniales en 1945 Wikipedia[/center]

Comme on le voit, je dresse une liste très générale, qui ne porte pas seulement sur des différences musicales mais intègre aussi, dans la mesure où il les détermine, le contexte dans lequel le jazz moderne est produit et reproduit. Il participe de conditions musicales, socio-économiques, techn(olog)iques et sociologiques dans le cadre des « Trente Glorieuses » (la croissance économique) et de la chute du colonialisme. Ayant en tête cet ensemble, on peut en revenir à la musique.

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Rebop, Be Bop... Dizzy Atmosphere

Message  Patlotch le Ven 11 Oct 2013 - 12:54

Retour donc à l'écoute, ici celle du « jazzmoderne », en ce qu'il a de différent du « jazz classique ».

Ceux qui, à l'époque ou après coup, ont pu suivre l'évolution du jazz dans les années 40, dans les lieux où il se transformait radicalement, ont peut-être eu la possibilité de saisir à la fois continuités et ruptures, telles que je les ai évoquées ici ou là. Néanmoins, vu de plus loin, le choc du « be-bop » est énorme, pas moins que les premiers « free-jazz ». Entre les deux, rien de tel, d'aussi massif, générationnel.

Pour mesurer l'évènement, sur le plan musical, il faut donc écouter le be-bop à sa naissance et à maturité. C'est indispensable aussi pour relativiser les nouveautés du cool et la réaction du hard-bop, dans un bras-de-fer qui n'est pas sans être racisé (Noirs vs Blancs). Nier la dimension 'raciale' est aussi bête que la tenir pour seule détermination.

On ne peut pas tenir pour « be-bop » mûr les enregistrements de Parker à ses débuts. L'héritage des altistes swing les plus avancés est très présent, même si apparaissent des formules qu'on retrouvera plus tard (doubles-croches, triolets puis croches...), dans une aisance rythmique et harmonique alors inégalée, et un phrasé si naturellement vocal qu'on n'entend plus aucune barre de mesure, aucune barrière à son envol. A Bird is born.

[center][img(350px,350px)]http://static.qobuz.com/images/jaquettes/3700/3700368458815_600.jpg[/img][/center]

Le plus vieil enregistrement connu de Parker serait celui-ci, en 1940
> http://www.youtube.com/watch?v=LqPBvRPi7Dw&list=RD02_w6kJ9jyl7Y

On peut écouter les faces dans l'orchestre de Jay McShann, dans un style qui n'a pas grand chose de ce qui suivra, si ce n'est l'influence de Lester Young pour le jeu, et des virtuoses de l'alto, [b]Jimmy Dorsey[/b] (sa fluidité), Willie Smith, Benny Carter (influencé en retour dans les années 50)...
[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/p891bEm7RDk[/flash]
1929[/center]

[center][img(350px,350px)]http://images.music-story.com/img/album_J_320/jay-mcshann-early-bird-jay-mcshann-orchestra-featuring-charlie-parker.jpg[/img][/center]
[i]Body and Soul [/i]> http://www.youtube.com/watch?v=gqnTljx6MNU
[i]Swingmatism[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=1uTwGyw4l2g

Mais on l'entend plus longuement dans quelques enregistrements en petits groupes

Ce morceau de 1942 au ténor, en duo avec Hazel Scott au piano, permet de situer Parker comme disciple direct de Lester Young
[i]Embraceable You[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=ih6EpdGfR7s

1943 en trio avec Gillespie et Oscar Pettiford
[i]Sweet Georgia Brown[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=G7XTWVPwrJw
Dizzy me paraît plus audacieux harmoniquement, plus éloigné des trompettistes antérieurs que Parker des saxophonistes.

Les faces en trio (que je connaissais pas) sont magnifiques, d'autant que Parker y joue tout au long des 3 et qq mn.
Charlie Parker trio Efferge Ware- Guitar, "Little" Phil Phillips - Drums  My Heart Tells Me > http://www.youtube.com/watch?v=LKkE64yoGGk
[i]Cherokee[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=00ezGLkhw8o
[i]I Found A New Baby[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=_w6kJ9jyl7Y citations de Lester Young...
[i]Body and Soul[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=zMKpV5D8HwQ
Contrairement à beaucoup de ses imitateurs, Parker conserve du jazz d'avant un sens mélodique aigu, y compris dans ses résolutions harmoniques avancées. Réduire le be-bop à une histoire de modes à jouer sur tel accord n'a dans son jeu aucun sens.

1943 en trio avec Gillespie et Oscar Pettiford
[i]Sweet Georgia Brown[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=G7XTWVPwrJw

Les premières faces que j'ai connues datent de 1944, d'un disque en équilibre entre classique et moderne, en raison des musiciens y participant.

Charlie Parker - Alto Sax, Clyde Hart – Piano, Lloyd "Tiny" Grimes – Guitar, Jimmy Butts – Bass, Harold "Doc" West - Drums
[i]Tiny's Tempo[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=cp0APWH_--8

[center][img(350px,500px)]http://markhiebertmusic.com/wp-content/uploads/2012/07/TinysTempo-246x300.jpg[/img][/center]
Il n'y a guère que Parker pour jouer be-bop sur ce thème au demeurant sans nouveauté. Pas encore les dissonances caractéristiques du be-bop (quinte diminuée), plutôt des blues notes et chromatismes comme notes de passage. Les autres musiciens ne se distinguent pas ici de ce qu'on entend depuis 1938-39. Tiny Grimes enfile sans état d'âme des plans et phrases complètes de Charlie Christian. Harold West quelque part entre Jo Jones, Sid Catlett, et Kenny Clarke.
[i]Romance Without Finance (Take 5)[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=IxeYHN9EcPI Vocal Grimes & Butts
Pour autant, la rythmique à l'ancienne et la modernité de Parker font bon ménage.

Les choses sérieuses commencent par là...

[center][img(350px,350px)]http://www.musicweb-international.com/jazz/2003/Mar03/Dizzy_Gillespie_8120708.jpg[/img][/center]

Comparons deux versions de [b]Dizzy Atmosphère[/b], début et fin 1945, avec deux rythmiques différentes
Le thème lui-même est écrit dans le nouvel idiome, avec ces figures de triolets caractéristiques, les accords mineur et quinte diminuée, des mouvements chromatiques d'accords de dominante dans le pont, la notion de substitutions 'par triton = quinte diminuée = quarte augmentée) de la cadence V > I par bII - I (sol-do par réb-do)
[center][img(350px,500px)]http://s3.amazonaws.com/halleonard-closerlook/00843194/00843194p4z.jpg[/img][/center]
Une analyse, "Dizzy Atmosphere": [i]The Challenge of Bebop, Eric Porter 1999[/i] > http://www.historyinperspective.org/sites/historyinperspective.org/files/porter-bebop.pdf

Un phrase-titre résume le problème : "[i]The World Was Swinging with Change[/i]", une autre « [i]Now' the Time[/i] »

1) avec une rythmique d' «anciens » février 1945 :
1945 Dizzy Gillespie (tp) Charlie Parker (as) Clyde Hart (p) Remo Palmieri (g) Slam Stewart (b) Cozy Cole (d)
[i]Dizzy Atmosphere[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=RifJUtGH8ak
2) avec des « nouveaux »  décembre 1945 Charlie Parker - Dizzy Gillespie Rebop Six Dizzy Gillespie – Trumpet, Charlie Parker - Alto Sax, Milt Jackson – Vibraphone, Al Haig – Piano, Ray Brown – Bass, Stan Levey - Drums
[i]Dizzy Atmosphere[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=xnhIrr4svqs
Tous les protagonistes ont adopté le nouveau langage, ils accèdent aux mêmes difficultés harmoniques sur un tempo que ne pourraient pas suivre la plupart des anciens. N'était le vibraphone de Milt Jackson (au demurant plus acide qu'ultérieurement dans le MJQ), la formation be-bop du quintette est née. Elle connaîtra ses heures de gloire pendant une quinzaine d'années ou plus, avec Art Blakey, Horace Silver, Miles Davis, Clifford Brown/Max Roach... Elle devient parfois sextette avec un trombone, un guitariste... ou bien ceux-ci remplacent la trompette ou le saxophone.

1947 Dizzy Gillespie Quintet Dizzy Gillespie – tp, Charlie Parker Alto, John Lewis p, Al McKibbon b, Joe Harris dms
[i]Dizzy Atmosphere[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=d55AOY_NOaY Le piano John Lewis est noyé, la basse une bouillie, mais au moins on entend ces « bizarres » pêches de batterie be-bop derrière le discours soliste. L'évolution de Parker et Dizzy est sans appel. La page est tournée.

1956 Eddie Lockjaw" Davis", Organ: Doc Bagby, Drums: Charlie Dice
[i]Dizzy Atmosphere[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=RdN933ORxRM

New York, 1957
Dizzy Gillespie (tp); Stan Getz, Paul Gonsalves, Coleman Hawkins (ts); Wynton Kelly (p); Wendell Marshall (b); J.C Heard (d)
Ordre des solos de ténor : Gonsalves, Hawkins, Getz
[i]Dizzy Atmosphere[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=WftUdlw2Z9g Gonsalves, réputé pour sa vélocité, n'en surfe pas moins assez péniblement, Hawkins après le solo de Gillespie à 5:50, dans a manière qui n'est pas be-bop à proprement parler, mais rentre-dedans sans 'fausse note', Getz à 8:15 plutôt à l'aise égal à lui-même, beaucoup de gammes quand même relativement à l'invention parkérienne. Au total, l'atmosphère be-bop accueille tant le vieux de la vieille, l'ellingtonien endurci que le patron cool de la côte Ouest... Valsez labels !
J.C. Heard est dans le nouveau classicisme de la batterie, soutien à la grande cymbale, pêche de caisse claire et grosse caisse. Au meilleur avec le solo de Dizzy, le côté incisif de la trompette a toujours quelque chose de stimulant pour les batteurs, au niveau des timbres (Clifford-Max Roach, Kenny Dorham ou Lee Morgan -Art Blakey, Miles-Tony Williams...). La ligne de contrebasse est également typique de ces années, un walking assurant le tempo et portant l'harmonie. Winton Kelly ponctue d'accords fournis dans la clarté rythmique, toujours sobre, pertinent, à l'écoute.

J'ai eu la chance de voir et entendre Getz en quintette avec Dizzy à Chateauvallon en ? 1971... Ils avaient joué comme en s'amusant nombre de standards du be-bop. À la répétition, quelques fans demandaient les thèmes... [i]Hot House ! Hot House ![/i]

[center][img(350px,350px)]http://4.bp.blogspot.com/_EfH7QQM5cK8/TEPOdjW4x9I/AAAAAAAAF7s/zFy_LxcHvfg/s1600/d9c657e6eae5.jpg[/img][/center]

1974 Oscar Peterson & Dizzy Gillespie - Dizzy Atmosphere > http://www.youtube.com/watch?v=DfRhGSCDqsk
En accompagnement, Peterson fait la pompe stride ou le walking main gauche et l'accord à contretemps à droite. En solo, même chose et le déluge à droite (on voit d'où vient Hiromi...) Impérial duo !

[center][img(350px,350px)]http://i1084.photobucket.com/albums/j415/bstef2/StanGetzampChetBaker-TheStockholmConcerts_zps6bc6d9aa.jpg[/img][/center]

1983 Norvège Stan Getz (tenor saxophone), Chet Baker (vocals, trumpet), Jim McNeely (piano), George Mraz (bass), Victor Lewis (drums)
[i]Dizzy Atmosphere[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=QlO_qO5yBzs
Quelle magnifique version. Attend-on Chet Baker dans cette... atmosphère. Et quelle ligne de basse...

2007 ? Une version en big band arrangé et dirigé par Bill Holman
> http://www.youtube.com/watch?v=_kj6aYjKb4o Une riche écriture et des solistes professionnels. Trop d'a priori pour l'émotion...

Une prestation revivaliste récente
Michael Fatum – Trumpet, Patrick Sargent - Alto Sax, Ray Mason – Trombone, Michael Harlen – Bass, John Fatum - Drums
[i]Dizzy Atmosphere[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=sHiR4GbhJwo Gentiment décalés

2010 Un jeune russe au dessous de tout soupçon, le big band qui va avec, et par-dessus un violon bidouillé pour sonner comme Slam Stewart, que demande le peuple slave ?
http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=520Nj24pC_w

Je suis sorti de mon sujet ? Ah bon

Au fait, Charlie Parker rejetait l'appellation bebop...

[center]:scratch: [/center]

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Highlights of the 50'

Message  Patlotch le Ven 11 Oct 2013 - 20:41

Pardon pour avoir failli à ma promesse de cerner la section rythmique dans les années 50', apogée du « jazz moderne ». Je livre ci-dessous quelques exemples, insistant sur la première moitié des 50', laissant aux passants honnêtes le soin d'en extraire la substantifique moelle.

D'abord une « preuve » que le nouveau langage ne mit pas longtemps pour être adopté par d'autres que ses fondateurs.

[center][img(350px,350px)]http://eil.com/images/main/Fats+Navarro+-+Prime+Source+-+DOUBLE+LP-364145.jpg[/img][/center]

Dans '[i]Moins qu'un chien[/i]' Mingus ne tarit pas d'anecdotes avec son pote [b]« Fats » Navarro[/b], encore un météore du jazz mort à 27 ans en 1950
1947 Fats Navarro Quintet Fats Navarro (trumpet), Charlie Rouse (tenor sax), Tadd Dameron (piano), Nelson Boyd (bass), Art Blakey (drums)
[i]Nostalgia[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=kdh5YkkfmGU

[center][img(350px,350px)]http://jazzbluesclub.com/uploads/posts/thumbs/1225042298_29210197.jpg[/img][/center]

De même les enregistrements de [b]Dexter Gordon[/b], un des premiers à transposer au ténor le style be-bop, dans une allure tenant à la fois de la décontraction et du son de Lester Young, et d'une épaisseur digne de Hawkins, une plénitude qui inspirerera Benny Golson, John Coltrane...
Dexter Gordon - Tenor Sax, Fats Navarro – Trumpet, Tadd Dameron – Piano, Nelson Boyd – Bass, Art Mardigan - Drums
[i]Index[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=7KBmhC7S1Oo

C'est aussi la période des « Tenor Chase »
[center][img(350px,350px)]http://i260.photobucket.com/albums/ii23/bluemonkey666/wardellgray_chasesteeplechase.jpg[/img][/center]
1947 Dexter Gordon - Tenor Sax, Wardell Gray - Tenor Sax, Sonny Criss - Alto Sax, Trummy Young – Trombone, Howard McGhee – Trumpet, Hampton Hawes – Piano, Barney Kessel – Guitar, Harry Babison – Bass, Connie Kay - Drums
[i]The Chase[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=I9HKrzLOXag
[i]The Hunt[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=v1Zwyb-MUQ8

1947 Aux côtés de Dexter, [b]Leo Parker[/b] adapte les trouvailles be-bop du saxophoniste au baryton
Tadd Dameron (piano), Curley Russell (bass), Art Blakey (drums)
[i]Settin' The Pace[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=48kzzp8nGiM Je posterai un jour la peinture que j'ai faite d'une photo très connue de Dexter, la fumée de sa cigarette, parfois reproduite à l'envers, choisie comme couverture du livre

[center][img]http://ecx.images-amazon.com/images/I/41tYFiKGW9L._SL500_.jpg[/img][/center]

[center][img(350px,350px)]http://eil.com/images/main/Stan+Getz+-+Jazz+At+Storyville+Volume+2+-+LP+RECORD-492614.jpg[/img][/center]

1951 [i]Stan Getz at Storyville[/i], Stan Getz ts. Jimmy Raney g. Al Haig p, Teddy Kotick b, Tiny Kahn dms
[i]Full Album [/i]> http://www.youtube.com/watch?v=rp6Nw5ZJgIA

[center][img(350px,350px)]http://www.brotski.fr/uploads/images/Miles_Davis/POCHETTESDALBUMS/BAGSGROOVE1.jpg[/img][/center]

1954 Miles Davis – trąbka, Milt Jackson – wibrafon, Thelonious Monk – fortepian, Percy Heath – kontrabas, Kenny
[i]The Man I Love (Take 1) [/i]> http://www.youtube.com/watch?v=Bl57wnR73j4

[center][img(350px,350px)]http://4.bp.blogspot.com/_4IO4mEmRGoA/TLF0UM5Ag3I/AAAAAAAAIcM/UDFqrj5kjf8/s320/Quicksilver0001a.jpg[/img][/center]

1954 Clifford Brown -Trumpet, Lou Donaldson - Alto Sax, Horace Silver – Piano, Curly Russell – Bass, Art Blakey - Drums
[i]Quicksilver[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=s2XceklFxxc

[center][img(350px,350px)]http://1.bp.blogspot.com/-K6mJ7nCwxfE/UXkA_AHdcvI/AAAAAAAACfU/0bY9QB9MHCY/s1600/Thelonious+Monk.+Sonny+Rollins.jpg[/img][/center]

1954 Sonny Rollins (tenor sax), Thelonious Monk (piano), Tommy Potter (bass), Art Taylor (drums)
[i]More Than You Know[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=dd0a2bNlTOQ
http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=J6uT4WPbTz0

[center][img(350px,350px)]http://www.audiophilereferencerecordings.com.au/media/catalog/product/cache/1/image/1000x1000/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/k/e/kenny_dorham___a_4e7fdef95183d.jpg[/img][/center]

1955 Kenny Dorham [i]Afrodisia[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=7myLXPUBB_w&list=PL02B9AA77E29D92E6
cf Détails > http://en.wikipedia.org/wiki/Afro-Cuban_(album)

1955 Cannonball Adderley (alto sax), Hank Jones (piano), Paul Chambers (bass), Kenny Clarke (drums)
[i]Flamingo[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=l16oWw8qFP0&list=PL85A8834ED8356D64

1955 Chet Baker - Trumpet / Vocals, Russ Freeman – Piano, Carson Smith – Bass, Bob Neal - Drums
[i]Long Ago (And Far Away)[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=64gW8rrzmvE
[url=http://www.youtube.com/results?search_query=chet+baker+1955&oq=chet+baker+1955&gs_l=youtube.3..0i19.4101.5276.0.5666.5.4.0.1.1.0.77.283.4.4.0...0.0...1ac.1.11.youtube.8_heWsVgnUo][u]Autres[/u][/url]

1956 Jackie McLean - Alto Sax, Donald Byrd – Trumpet, Elmo Hope – Piano, Doug Watkins – Bass, Art Taylor - Drums
[i]A Foggy Day[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=1gFO33YpAoE

[center][img(350px,350px)]http://jazzincd.j.a.pic.centerblog.net/0df97ca4.jpg[/img][/center]

Clifford Brown & Max Roach – [i]Cherokee[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=UXPzAasKWQg

1957 J.J. Johnson (trombone), Stan Getz (tenor sax), Oscar Peterson (piano), Herb Ellis (guitar), Ray Brown (bass), Connie Kay (drums) 
[i]My Funny Valentine[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=ZqIzEI-ClNY
[i]Crazy rhythm[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=jNiaUn6yhRA désolé pour le son, il est vrai que ces faces étaient en mon, mais il existe de meilleures re-issues. Cela vaut pour le tempo, la section rythmique de Peterson, un tromboniste ayant adapté sa technqiue aux be-bop, un Getz au sommet dont je comprends qu'il ait pu à l'époque considérer ce disque comme son meilleur

[center][img(350px,350px)]http://songbook1.files.wordpress.com/2010/11/presenting-cannonball-adderley-55-reissue-1-f20.jpg[/img][/center]

1957 Modern Jazz Quartet With Sonny Rollins
[i]Bag's Groove[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=NiLMg2Ju82Y

[center][img(350px,350px)]http://jazzland.if.land.to/Miles%20Davis_At%20_Newport_fr.jpg[/img][/center]

1958 Miles Davis & John Coltrane Live @ Newport '58
[i]Bye Bye BlackBird[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=7vQuPIjK1Ks

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/LwQ_raCs8Wg[/flash][/center]
Perso, je comprends que Chet ait pu énerver Boris Vian... De plus, il portait avant Miles des lunettes de soleil

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/jU2pITrtwMs[/flash][/center]

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/y99XAif1Wp0[/flash][/center]

Et de même qu'à ses débuts Parker ne fut pas d'emblée « Be-bop », Eric Dolphy ni Ornette Coleman n'ont produit le free-jazz de rien... Dans le verbe, « Something Else » sonne comme « Now's the Time »...

[center][img(350px,350px)]http://www.foxylounge.com/IMG/jpg/truth.jpg[/img][/center]

1958 Eric Dolphy - Chico Hamilton Quintet Eric Dolphy - Alto Sax / Flute, Nathan Gersham – Cello, Dennis Budimir – Guitar, Wyatt Ruther – Bass, Chico Hamilton – Drums
[i]Tuesday At Two[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=EpI2j3e7r5U

[center][img(350px,350px)]http://www.israbox.com/uploads/posts/2011-07/1311340290_ornette-coleman-1958.jpg[/img][/center]

1958 Don Cherry (cornet), Ornette Coleman (alto sax), Walter Norris (piano), Don Payne (bass), Billy Higgins (drums)
[i]The Blessing[/i] > http://www.youtube.com/watch?v=9nGDRpdgAGs[/center]


Dernière édition par Patlotch le Sam 12 Oct 2013 - 11:30, édité 3 fois

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Putain bordel c'est quoi le jazz ?

Message  Patlotch le Ven 11 Oct 2013 - 22:34

Où en étions-nous ? Du classique au moderne, du "jazz" c'en est ou pas, du swing, de l'improvisation, de l'individuel et du collectif, de l'oral de l'écrit, de l'inné de l'acquis, du noir du blanc, du popu du savant, du dansant du pincé, du vieux du neuf des œufs des bœufs des beaufs, du frais du réchauffé, du cool du hot, ou du culot tout court, de la culotte des chanteuses au smoking des messieurs (kiss moque de king ?), du free à ramener sa fraise, de l'étiquette ou de
[center][img(175px,250px)]http://www.savespendsplurge.com/wp-content/uploads/we-can-do-it-woman.jpeg[/img][/center]
[center]
????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????[/center]

[center][flash(425,350)]http://www.youtube.com/v/792uyNeY0Ko[/flash]
[size=9]Youtube plus accueillant que Wikipedia, 2 faces d'une même monnaie ?[/size][/center]

I live in a dream for a moment
We'd loved in a midnight solitude
But I never knew at the moment
Love was just an interlude

I thrill as your arms would enfold me
A kiss of surrender says the mood
Then heaven fell down when you told me
Love's a passing interlude

The magic was unsurpassed
Too good to last
The magic my heart once knew
Is dressed in blue

The shadow of night all around me
I walk in a moonlight solitude
When I thought romance really found me
Love was just an interlude

The shadow of night all around me
I walk in a moonlight solitude
When I thought romance really found me
Love was just an interlude

Pour les plus exigeants > http://www.youtube.com/watch?v=pa3_IVQqV2Y

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Re: Écouter le jazz "pour les nuls"

Message  Patlotch le Dim 13 Oct 2013 - 22:48

Nous avons entendu quelques [i]sections rythmiques[/i] des années 50. Pour compléter et préciser cette écoute, on peut se concentrer sur les trios piano/contrebasse/batterie (p ,b, dms) qu'elles constituent, comme "orchestre" à part entière.

C'est l'écoute que je propose dans un nouveau sujet qui promet de formidables surprises. Enfin, je dis ça, tout dépend pour qui...

[b]Le trio piano, contrebasse, batterie dans le jazz 'moderne' [/b]
> http://jazzitude.forumactif.com/t4409-le-trio-piano-contrebasse-batterie-dans-le-jazz-moderne

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Re: Écouter le jazz "pour les nuls"

Message  Patlotch le Dim 20 Oct 2013 - 13:11

Le jazz n'est pas écouté, ni entendu, de la même manière selon qu'on est musicien ou non.

Ce qui manque à certains musiciens, apprentis en jazz, c'est de pouvoir s'abstraire d'une écoute technique, ou sortir d'une approche mathématique de l'harmonie ou du rythme quand ils jouent, pour atteindre à une écoute mélomane, un simple plaisir de la musique dans sa véritable "fonction", communiquer des sentiments, des impressions ('affects') par des sons, non une philosophie ('concepts'), encore moins un savoir de musicien ('connaissance technique'). Donc savoir distinguer les deux approches, et ne pas croire que l'une est supérieure à l'autre.

Ce qui peut faire défaut à qui veut découvrir le jazz, c'est quelques repères musicaux, accessibles aux non-musiciens, pour apprécier davantage ce qu'ils écoutent, et qui leur plaît a priori : la conscience d'une grille d'accords qui revient sur elle-même et sur laquelle on improvise tour à tour, l'influence ou non du blues, le beat et l'afterbeat, etc

L'un dans l'autre, la solution est toujours dans l'écoute des maîtres, grands ou petits, et ne pas prendre l'aspirant copiste pour l'inventeur original.

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Re: Écouter le jazz "pour les nuls"

Message  Patlotch le Dim 20 Oct 2013 - 13:33

Quand je dis "les nuls", c'est évidemment sans mépris aucun. Encore que, les cordonniers sont parfois les plus mal chaussés, et, si j'en crois ce que je lis sur les forums américains, l'incompréhension du jazz est plus fréquente chez les musiciens prétendant savoir que chez de simples amateurs aux oreilles ouvertes. En ce sens j'apprécie beaucoup que sur son profil, à "votre instrument", Gromit ait indiqué "l'Oreille".

Une des dimensions les plus importantes dans le jazz est [i]le son[/i] que chacun tire de son instrument. Hé bien, vous pouvez vérifier sur les forums, les musiciens n'en parlent jamais, ou seulement par l'intermédiaire des "marques" de guitares, d'amplis et autres pédales... (je suppose aussi des constituants de la batterie, de marques de saxophones...), bref comme dans les discussions sur les bagnoles. Du matos ! du matos ! du matos ! Tous savent fort bien qu'un musicien célèbre se distingue par son propre son, et qu'on le reconnaît quel que soit le matériel qu'il utilise, il n'empêche... C'est le grand refoulé. C'est d'ailleurs davantage une qualité masculine que féminine, que se répandre en considérations sur le matos, on en conviendra.

J'ai eu un prof de bass (contrebasse) qui m'a fait travaillé le son (et le tempo, ou plutôt la conscience du temps, sur le temps, avant le temps, après le temps...) pendant des mois... sur quelques notes, à 60 la noire, une note par mesure (cad toutes les 4 secondes!)

Voilà ce qu'en dit Ron Carter, dans ses réponses à Marcus Miller (comme il est fastidieux de tout recopier, je conseille vivement l'achat de ce numéro de JazzMagMan > http://jazzitude.forumactif.com/t4411-ron-carter-les-bassistes-de-miles-davis)

Marcus ... [b]ceux qui ont pris des cours avec vous racontent que vous consacrez beaucoup de temps à leur faire trouver le bon son. Mais vous-même, est-ce ainsi que vous y êtes arrivé, en travaillant spécifiquement sur le son ?[/b]

Carter [i]Chacun y parvient à sa manière, mais il est vrai que j'insiste beaucoup auprès de mes étudiants pour qu'ils trouvent un son qui leur soit propre. C'est l'une des premières choses dont je leur parle dès le moment où ils sortent la contrebasse de son étui [...] il est très important d'avoir à l'oreille le son que tu désires faire tien, afin d'être capable de le produire sitôt que tu saisis l'instrument. Ainsi je leur fais jouer juste une note, et chaque fois qu'ils jouent cette note dans mon petit studio, ils la jouent trop dur et trop fort. La première chose qu'il me faut leur dire, c'est toujours : "Jouez pour le studio, pas pour les voisins!" Ils finissent par comprendre qu'ils peuvent produire un son sans "cogner" l'instrument...[/i]

S'en suit des considérations sur la façon dont le son est produit par une contrebasse, et le fait que jouer trop fort ruine la directivité des sons qui en sortent, tant et si bien qu'on les entend moins clairement... L'interview est truffée de considérations de ce genre, sur la mise en place rythmique aussi, dont les conseilleurs en jazz des forums spécialisés ne parlent pour ainsi dire jamais, et ceux qui savent ne parlent pas...

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Les sons du jazz

Message  Patlotch le Mar 29 Oct 2013 - 12:25

Je poursuivrai ultérieurement ce feuilleton en abordant [i]le son[/i], le travail de la matière sonore spécifique au jazz, ou du moins inventé par le jazz, et qui le distingue de la musique classique savante européenne http://jazzitude.forumactif.com/t4427-les-sons-du-jazz

Pour les plus musiciens, l'apprentissage de l'harmonie et de l'improvisation, voir le fil ouvert par Nicolas ( aiatar95) http://jazzitude.forumactif.com/t4421-les-demandes-d-un-novice#43503

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Re: Écouter le jazz "pour les nuls"

Message  Patlotch le Mar 3 Déc 2013 - 21:50

Sujet repris et reconstruit ici
http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-188.html

[center][img(350px,350px)]http://www.hot-club.asso.fr/enreg/prix/savoir%20ecouter%20le%20jazz.jpg[/img][/center]

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Re: Écouter le jazz "pour les nuls"

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