Jazz à Véd'A

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Jazz à Véd'A

Message  duberic le Sam 28 Déc 2013 - 15:04

Jazz à Véd’A est une sorte d’antenne d’une « nouvelle école franco-flamande » flamboyante. Mais il ne s’agit plus de polyphonies vocales et de cathédrales. Les musiciens de jazz régionaux sont plus que jamais nombreux et créatifs, et la composition autodidacte de tous ces « trouveurs de leurs propres univers », qui tissent des liens d’affinités esthétiques et d’énergies humaines, s’expose à la Ferme d’en Haut le dimanche après-midi le temps de rendez vous chaleureux mais trop rares, avec un public de curieux et d’habitués confiants, de musiciens, de proches et d’amis. Et cette chapelle émergeante grouille de multiples projets à voir et à entendre qui ne demandent que le partage.
La saison nouvelle propose 8 concerts sur 8 mois consécutifs d’octobre à mai.
Voilà les premiers essais de comptes rendus.

DAVY PALUMBO TRIO – 13 10 2013
Davy PALUMBO : batterie, Laurent BROUHON : C. Bass., Véronique MULA : sax. T, sax. A, sax. S
Pour commencer, on peut dire ces trois là ont trouvé des combinaisons instrumentales simples et décontractées qui fonctionnent à merveille. Ils nous présentent un répertoire efficace constitué tour à tour d’unissons épurés, au lyrisme franc et direct, ou encore d’harmonisations dépouillées qui infléchissent subtilement la courbe mélodique.
Les compositions originales, en grande partie dues à Davy Palumbo (mais aussi celles de Laurent ou de Véronique) exploitent largement le vocabulaire mélodique modal. Mais entre un ostinato entêtant et un solo virtuose, cela emprunte aussi à l’aspect discursif du système tonal, usant de répétitions de courtes phrases –ou d’une simple note- jouant ainsi de l’expressivité du silence. Et cela agit comme un clin d’œil à notre fonds commun et rend le motif inédit singulièrement familier, malgré ses angles et ses ruptures. Et en ces instants où la ligne semble s’immobiliser en un dessin rythmique tout en nuances, le trio affirme un professionnalisme tranquille : une sureté du timbre, une maîtrise de la dynamique.
Bien sûr dans une telle formation, le jeu instrumental de chacun est au centre de la démarche. La sensualité que l’on accorde habituellement au saxophone vire parfois en une « acidité métallique » contrôlée dans le phrasé souple et énergique de Véronique.
La soliste s’autorise parfois de brillantes « sorties » virtuoses qui confèrent à sa sonorité puissante un « je-ne-sais-quoi » d’insolent, soutenues et ponctuées par un batteur particulièrement à l’écoute. Il convient aussi d’évoquer ces improbables rendez vous mélodico-rythmiques qui ponctuent un discours ou relancent la machine . Bien sûr, le groove est présent, imposant sa fonction conductrice de créativité et de force avec des allusions au jazz traditionnel, au funk, ou encore à un certain jazz-fusion, mais toujours en jouant de la rupture et avec un sens de la narration qui rend leur performance exceptionnelle. Une grande connivence et une belle inventivité.















TEN WORLDS – 17 11 - 2013
Karine GOBERT : voix et paroles, Stefan ORINS : piano et composition, François TAILLEFER : percussions, voix
La démarche est originale : à partir des dix morceaux de son album strictement instrumental « Bonheur temporaire », Stefan Orins confie à Karine Gobert le soin de rédiger des textes à chanter. L’expérience prend d’abord la forme d’un duo, mais à la veille de leur premier concert en 2013, le percussionniste François Taillefer est appelé à les rejoindre. Il s’agit d’une suite cohérente (que la présence vocale unifie encore), qui pourrait être enchaînée d’un seul trait, alternant tempi rapide et tempi lent, chaque pièce laissant une part à l’improvisation soliste ou collective. Apparemment totalement libres ces interventions s’apparentent aussi à des développements structurés.

Cela faisait quelques années qu’on n’avait eu l’occasion d’accueillir Karine Gobert, et c’est avec plaisir que nous la retrouvons qui souffle, chante, crie, gémit sur les pièces parfois fort ciselées de Stefan Orins. Mais le répertoire qu’il soumet à la jeune chanteuse et qui peut sembler complexe recèle aussi de véritables perles mélodiques.
On passe d’une jolie mélodie juste un peu audacieuse dans sa courbe, à de curieuses incantations, comme un « choral tribal, » où trois voix se déploient sur des nuages exotiques des percussions de F. Taillefer. Le compositeur exploite en effet de façon polyphonique les harmonies de base, faisant s’imbriquer trois lignes mélodiques en une sorte d’organum accompagné qu’il nous présente sous toutes ses formes, et auquel il participe vocalement, tout comme le fait le percussionniste.
On a donc quelque chose de résolument vocal, à partir d’un opus destiné à un trio strictement instrumental. Les harmonies et les rythmiques parfois fort sophistiqués imaginés pour provoquer les jeux improvisés se colorent ici de nuances nouvelles et surtout d’une grande force émotionnelle. C’est maintenant un véritable théâtre de surprises et d’émotions qui joue de la sensualité, de la sauvagerie, de la douleur universelle avec ce timbre lisse et chaleureux de voix féminine qui fait fantasmer des générations de musiciens. On y retrouve l’humanité brutale dans un léger trémolo, dans un accent de joie ou de colère sous une syllabe, ou dans un râle ou un soupir… et on a le sentiment de voir passer des silhouettes connues.
Quant au pianiste-compositeur, il redouble d’expressivité, comme s’il découvrait soudain le mystère de sa propre musique.
Le mélodisme intrinsèque de chacune de ses compositions est bien entendu souligné, voire exacerbé par la mise en évidence du chant. C’est une sorte de « re conditionnement » de l’ensemble, une nouvelle direction. Les harmonies, souvent juste des colorations en jazz contemporain, redeviennent par moments dynamiques et structurelles, et l’enrobage « aux mille timbres » auquel se livre François Taillefer vient parachever cette belle relecture.
Chacun des dix morceaux présente une ambiance particulière ; un des dix états de vie de la philosophie bouddhique, et je laisse le soin à Stefan Orins de nous éclairer, s’il le souhaite sur ce point.

C’est donc une sorte de sang neuf, qui est apporté ici, et c’est, si j’ose dire une « bien jolie transfusion » qui nous a été donnée d’entendre. La voix confère bien sûr une humanité que ne possède aucun autre instrument mais si la moindre phrase anguleuse se dote d’une sensualité inattendue, c’est aussi le miracle d’une rencontre de deux talents.




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Re: Jazz à Véd'A

Message  zetlejazz le Mer 1 Jan 2014 - 18:17

[b]Josselin[/b], je crois que du travail t'attends  :mrgreen: 

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